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--lettre du 23 avril 2003 du Dr Azza AGLAN au Dr Pierre MORANGE, député des Yvelines

Monsieur le Député,
Vous n'êtes pas sans savoir que les relations entre les caisses d'assurance-maladie et les spécialistes sont extrêmement tendues. Elles ont même atteint largement et définitivement un point de non-retour.
Impossible de continuer le numéro d'équilibriste qui consiste à travailler sous un tarif public obsolète et de faire vivre une l'entreprise libérale que constitue un cabinet médical de qualité.

À moins d'arriver à faire une distribution d'ordonnance à 23 EUR en trois minutes ce qui conduira mettre la clé sous le paillasson pour la Sécu.
L'évolution de la société et la nette augmentation du risque médico-légal rendent insoutenable l'engagement de notre responsabilité (48 ans, transmissible aux enfants) dans une médecine et une chirurgie aussi dévalorisée. Vous irez chercher des chirurgiens au Congo ici c'est terminé.
Des conditions de travail aussi épouvantable pour des actes rémunérés au tarif de la coupe de cheveux pour enfants, c'est inacceptable. Il serait, donc, urgent d'intervenir pour réduire l'ardeur des caisses à sanctionner les médecins. Nous ne sommes ni leurs esclaves ni leurs redevables.
Cette mascarade de convention n'est qu'une contrainte forcée qui ne recueille absolument pas l'accord des spécialistes. Le ras-le-bol est à son comble. Le désarroi est réel. Une partie des spécialistes est gardée la tête sous l'eau, pendant que l'autre partie fait ce qu'elle veut sans aucun critère de qualité.
À la moindre sanction autre que financière des caisses, en attendant qu'un véritable accord soit possible, notre contestation sera extrêmement virulente, à la hauteur de notre ras-le-bol !
Il est plus que souhaitable que nos dirigeants mettent de côté cette idéologie démagogique qui consiste à faire croire aux gens que les soins sont gratuits et que l’égalité d'accès aux soins est garantie.
Une fois nos charges professionnelles réglées, le surplus part aux impôts. Ou à votre problème ?
Je prends rendez-vous pour une patiente à l'hôpital Rothschild pour une pathologie douloureuse et spécifique : 350 EUR pour un rendez-vous le 17 avril, 23 EUR pour un rendez-vous à la fin de l'année avec un collaborateur. C'est ca le service public ! ! !
On aura au ministère le culot d'opposer l'égalité d'accès aux soins aux seuls spécialistes libéraux ! Quelle mascarade !
Dans tous les cas, nous n'en ferons plus les frais.
Entre gratuité et qualité, les patients préfère qualité. Car ils savent que gratuité rime avec médecine expéditive.
Dans l'état actuel des choses, c'est tout et n'importe quoi. Vous avez des médecins qui ont la liberté tarifaire et qui prenne des tarifs exorbitants alors qu'il ne se forment jamais iet sont largement dépassés. Vous avez encore la chance d'avoir des médecins compétents qui se sacrifient à travailler comme des ânes, jours, nuits et week-ends, et c'est grâce à cela que la population a l'impression d'être bien soigné.
Mais cela fait plus de dix ans que cela dure, et nous n'en pouvons plus.
Il est grand temps de remettre à plat tout le système, et le seul engagement que vous pouvez nous demander est celui de la qualité des soins, et non ces tarifs dégradants! !
Pourquoi ne pas proposer aux médecins un contrôle des connaissances sous les trois cinq ans ainsi qu'une formation continue obligatoire. Cela contribuerait grandement à la diminution des dépenses de santé tout simplement par une meilleure qualité des acteurs.
Nous demandons des mutuelles dignes de ce nom, remboursant correctement les gens, et non les faisant cotiser beaucoup pour des remboursements minables. Les carrosseries de voitures sont payées bien plus chères par les assurances que les interventions chirurgicales. Tout le système devient insupportable pour des professionnels qui engagent leur temps et leur responsabilité au service de la population.
Quant à M. SPAETH qui pense que ce n'est pas la fin du paritarisme et de la vie conventionnelle car les spécialistes ne représentent qu'une minorité chez les professionnels de santé, il se trompe. Ces médecins sont un maillon essentiel et indispensable.
Ils n'acceptent plus de s'exposer à un médico-légal de plus en plus virulente pour les "clopinettes Sécu". Merci Kouchner.
Les autres professions de santé ne ressentent pas cette pression médico-légale qu'ont mon compte de les spécialistes ; les infirmières, les orthophonistes et les kinésithérapeutes n'ont pas de procès. Il y a un tel fossé entre la valeur de l'acte et la valeur de la responsabilité que plus jamais vous n'obtiendrez adhésion des chirurgiens pour travailler au tarif Sécu.
Je ne signeraient pas le prochain semblant de convention : les patientes sont prévenues. Elles ont subiront encore les effets d'une politique désastreuse avec la fermeture des maternités. Je vous laisse le soin de leur expliquer qu'elles cotisent autant pour être remboursée de mon 0,98 EUR dans des domaines aussi vitaux que la grossesse, les cancers du sein et du col, la stérilité, la chirurgie gynécologique etc...
À titre d'information, la consultation de gynécologie aux USA est à 600 dollars et je ne crois pas que le risque médico-légal en France soit plus de dix fois moindre.
En Inde elle était douze EUR.
Choisissez, vous aurez la médecine que vous méritez !

Veuillez agréer, monsieur le député, l'expression de mes salutations distinguées

 

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-Réponse du 6 mai 2003 du Dr Pierre MORANGE, député des Yvelines au Dr Azza AGLAN

Docteur, cher confrère,


C'est avec une attention toute particulière que j'ai lu votre courrier en date du 23 avril dernier me faisant part de vos réflexions sur la crise que vivent la médecine et la chirurgie française. Croyez bien que vos préoccupations sont aussi les miennes.
Je puis vous assurer que la mobilisation du gouvernement de M. Jean-Pierre Raffarin sur ce dossier est totale. Dès le mois d'octobre 2002, M. Jean-François Mattéi, ministre de la santé de la famille et des personnes handicapées, a confié au professeur Jacques DOMERGUE, député de l’Hérault, une mission d'étude sur la chirurgie française. Ce dernier a rendu ses conclusions en février dernier.
Avant de proposer de nombreuses pistes de réforme le rapport dresse, comme vous le faites, le constat d'une véritable crise au sein de la chirurgie. Parmi les causes de cette situation, sont notamment soulignés le poids du blocage tarifaire en vigueur depuis plus de huit ans, l'augmentation des charges professionnelles et des revenus sans rapport avec les responsabilités des chirurgiens, le problème des assurances, l'évolution inquiétante de la démographie médicale et les difficultés à assurer la relève des chirurgiens en fin de carrière.
Voici les propositions majeures de ce rapport :

(...) Suit un résumé en deux pages du rapport de Jacques DOMERGUE (...)

Telles étaient les éléments d'information que je tenais à apporter à votre connaissance. Restant à votre écoute, je vous prie de croire, docteur, cher confrère, en l'assurance de mes meilleurs sentiments.

Pierre Morange

 

 

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--lettre du 4 juin 2003 du docteur Xavier GOUYOU BEAUCHAMPS au Dr Pierre MORANGE


Monsieur le Député, mon cher confrère,


Notre consœur Azza AGLAN m'a transmis votre réponse en date du 6 mai 2003 au courrier qu'elle vous avait adressé. Elle fait en effet partie du groupe COCHISE, vous collectif des chirurgiens de secteur 1 dont je suis le porte-parole. C'est à ce titre que je vous écris aujourd'hui.

Les membres du groupe. COCHISE ont pris comme vous connaissance avec intérêt du rapport DOMERGUE. Certaines difficultés sont communes aux praticiens des deux secteurs d'activité. D'autres sont spécifiques aux praticiens de secteur 1, et c’est celles-ci que nous avons soulignées dans le courrier qu'a adressé le groupe à l'ensemble des députés de l'assemblée nationale le 27 avril dernier et que vous avez du recevoir.
S'il fait état de l'existence des deux secteurs lorsqu’il évoque les problèmes de la chirurgie, Jacques DOMERGUE ne fait pas état de la réouverture du secteur 2 au titre des solutions pour les praticiens illégalement et injustement retenus en secteur 1.
Voici le paragraphe que le groupe aurait souhaité voir inscrit dans ce rapport que vous semblez très bien connaître, et souhaite surtout voir appliquer dans les décisions qui vont suivre.
C’est au chapitre V : « LES SOLUTIONS PROPOSEES » que se situe notre modification.
Le texte d’origine est en caractère maigre. Le texte modifié en caractères gras. En caractères un peu plus gros aussi, car ce qu’il exprime est pour nous d’une extrême importance.

(...) A) Revaloriser la chirurgie

Le plus urgent est de rétablir la confiance. Des signes forts en faveur de la profession sont attendus. Ils doivent avoir pour objectif de redonner confiance aux professionnels et de renforcer leur motivation. Ces signes ne sont pas les mêmes dans le secteur privé et public.
1. Dans le secteur Privé
Les chirurgiens libéraux ont le sentiment de ne pas être entendus par les pouvoirs publics et par les caisses.

a) Ils n’en peuvent plus.
Les chirurgiens secteurs 1 disent depuis trop longtemps que les tarifs de la sécurité sociale qui n’ont pas bougé depuis 13 ans et qu’ils sont contraints d’appliquer ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui. Il est donc indispensable, urgent et juste d’autoriser les chirurgiens secteur 1 à passer en secteur 2. Ce passage pourra concerner d’ailleurs autant les libéraux que les hospitaliers, et ceci sera de nature à faciliter les rapprochements entre structures.

b) Ils disent depuis trop longtemps que la NGAP n’est plus adaptée

La révision de la nomenclature qui paraît (…)

Le reste est inchangé, en dehors de la numérotation : le a) devient b) et ainsi de suite.

. Parmi les solutions envisagées par le rapport pour résoudre les difficultés de la chirurgie française, celle que nous proposons est la plus simple et la plus rapide à mettre en place : deux lignes supprimées sur le libellé du règlement conventionnel minimum permettraient aux chirurgiens de secteur 1 de rejoindre leurs homologues du secteur 2 dont ils ne sont séparés que par cette coquille administrative. Mesure facile, mesure indolore pour les finances de l'assurance-maladie. Le seul obstacle à cette mesure est de nature idéologique. Par bonheur nous avons depuis 2002 ce gouvernement libéral que vous soutenez.

C’est donc pleins d’espoir, puisque nos préoccupations sont aussi les vôtres, que nous vous adressons, Monsieur le Député, l'assurance de notre haute considération.

Docteur Xavier GOUYOU BEAUCHAMPS
porte-parole du groupe COCHISE http://cochise-secteur2.com

 

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