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RESUME / CONCLUSIONS / APPRECIATIONS en date du:04/06/2003
Il s'agit de sauver cette médecine libérale à laquelle nous sommes tous si attachés.

--Extraits du débat du 13 mai à l'assemblée nationale.

 M. le président. La parole est à M. Philippe Vitel!
    M. Philippe Vitel. « Je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la médecine. Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent et n'exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. »
    Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, tel est le serment que le jeune étudiant prend solennellement lors de sa soutenance de thèse. Il peut alors, s'il le désire, affronter la dure réalité de son labeur quotidien dans le monde libéral, quitter la quiétude du cocon hospitalo-universitaire qui avait assuré, jusque-là, sa solide formation initiale. Reste qu'il ne l'avait en aucun cas préparé à assurer les fonctions de chef d'entreprise et d'employeur qui l'attendent, au sein d'un système qu'on se refuse toujours à considérer comme marchand, mais qui en a aujourd'hui toutes les caractéristiques, non seulement socio-économiques, mais surtout financières et administratives.
.Hippocrate ne savait pas, il y a 2 700 ans, que ce serment resterait aujourd'hui plus que jamais d'actualité. Il nous ramène en effet chaque jour de manière intemporelle à l'exigence d'éthique et à la nécessité d'humanisme qui doivent présider à l'exercice de cet art et guider le rôle social majeur, qui doit être quotidiennement celui du médecin. Ce dernier oeuvre sans relâche pour le bien de tous, lesquels, en retour, font preuve envers lui de reconnaissance et de respect.
    Aujourd'hui, nous devons rétablir l'harmonie entre les contraintes du monde moderne et le respect des fondamentaux d'Hippocrate pour que le patient, le praticien et la nation se retrouvent au sein d'un système de protection sanitaire et social qu'un grand et vieux pays comme le nôtre se doit de posséder.
    Les disciples d'Hippocrate n'avaient nul besoin de cadre conventionnel, de numerus clausus, de recommandations du code de la sécurité sociale. Soit dit en passant, il en est une qui a été introduite durant les cinq dernières années et que j'affectionne particulièrement. Elle consiste à leur demander d'observer, dans tous leurs actes et prescriptions, la plus stricte économie compatible avec la sécurité, la qualité et l'efficacité du traitement.
    Petit à petit, l'encadrement toujours plus oppressant et tatillon de ce qu'on considère depuis l'Antiquité comme un art a réduit le magnifique rôle social et humain du médecin libéral à sa plus simple expression ; celui-ci n'est plus considéré que comme un prestataire de service nanti, à l'honnêteté discutable.
Les pouvoirs publics, et en particulier ceux qui avaient la responsabilité de gouverner notre pays durant les cinq dernières années, ont ignoré les appels lancés par cette corporation, aujourd'hui désenchantée et sans illusion.
    Oui, aujourd'hui, la médecine libérale est malade et la perte de confiance dans le système partenarial, consommée
. Les mesures coercitives prises durant les cinq dernières années et l'aveuglement idéologique de ceux qui avaient à initier une nouvelle politique de soins et de santé appelée par l'inéluctable mutation de notre société ont fini d'anéantir la confiance dont les praticiens ont besoin pour exercer leur métier dans la sérénité et l'enthousiasme. Mais inutile d'évoquer à nouveau les lettres clés flottantes, les comités médicaux régionaux, véritables tribunaux d'exception de la maîtrise comptable,...
    Je ne reviendrai pas non plus sur le blocage des honoraires, la mise en place calamiteuse de la carte Vitale et de la télétransmission.
    Aujourd'hui, monsieur le ministre, l'heure n'est plus aux réformettes de surface, qui ne jouent que le rôle d'un emplâtre sur une jambe de bois. L'heure de la reconstruction totale d'un système de santé moderne et d'une assurance maladie équilibrée est venue. C'est le sentiment de tous les médecins libéraux que je rencontre chaque jour. Ceux-ci souhaitent être vos partenaires directs afin de bâtir avec vous un nouveau système bâti sur la responsabilisation, du patient comme du praticien.
    Le patient doit comprendre que le système social solidaire a une limite qu'on ne peut dépasser.
Il convient de distinguer l'utile et le superflu, ce qui doit être pris en charge de ce qui ne peut pas l'être et établir un panier de soins dont la lisibilité se devra d'être parfaite, afin d'être bien compris par le patient et le praticien.
    Le praticien, organisateur et acteur de la coordination et de la permanence des soins, animateur de l'indispensable évaluation des pratiques, de la formation continue et de la prévention, doit respecter des engagements de bonne pratique et de bonne gestion. Il convient de prendre en considération les spécificités de l'environnement socioprofessionnel de l'exercice médical : milieu rural, zone périurbaine, zone de montagne, plateau technique lourd, exercice au plus près de la population, coopération entre praticiens.
    Aujourd'hui, monsieur le ministre, malgré ce que certains se plaisent à dire, les médecins souhaitent s'engager à vos côtés dans cette reconstruction.
Chacun d'entre nous, sur les bancs de la majorité, est bien conscient de l'enjeu et nous serons nous aussi à vos côtés.
    Cette nouvelle gouvernance doit permettre, par une réforme structurelle indispensable, de pérenniser le système d'assurance maladie. Pour ce faire, la réforme doit s'appuyer sur un dialogue et une concertation franche et sincère entre pouvoir politique et praticiens. Ils y sont prêts.
    Soyez convaincu, monsieur le ministre, de la bonne volonté de tous. Il s'agit de sauver cette médecine libérale à laquelle nous sommes tous si attachés.
Le malade, bien sûr, doit rester au centre du système. Mais n'oublions jamais la force de l'engagement au service des autres qu'ont pris ces hommes et ces femmes qui oeuvrent en moyenne cinquante-cinq heures par semaine et se montrent toujours prêts à aider leurs semblables. Nous devons leur accorder notre estime car ils sont fidèles avant tout à la promesse d'honneur et de probité que leur recommande depuis vingt-sept siècles leur maître Hippocrate. Aidons-les, monsieur le ministre, à retrouver leur identité et leur place de pivot de notre système de soins et de santé. Nous aurons alors fait oeuvre utile

 

 

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