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Alors que Jean-François Mattei a reçu cette semaine leurs syndicats
Honoraires des médecins : la contestation s'amplifie

Claire Bommelaer
[27 février 2004]


A l'étroit dans son statut de vrai-faux libéral, une partie des médecins spécialistes a décidé de porter le fer avec la Sécurité sociale. Ophtalmologistes, gynécologues ou encore anesthésistes, ils se sont mis à pratiquer des tarifs illégaux : bien qu'ils soient tenus de ne demander que 23 euros par consultation, ils réclament 25, 30 ou 40 euros au motif que «leur acte vaut plus que cela». Bien sûr, la Sécurité sociale ne reconnaît pas ces dépassements d'honoraires et ne rembourse les patients que sur la base de 23 euros. «Nos charges ont augmenté au fil des ans, et nos honoraires n'ont pas été revalorisés d'autant. En conséquence, nous demandons au patient le juste prix pour une consultation de qualité», explique Guy Schucht, à la tête de «Cnamlib».


Pendant plusieurs mois, le phénomène n'a concerné qu'une poignée d'individus. Depuis quelques semaines, il semble toutefois que la contestation soit montée d'un cran. La Cnam dénombre plus de 400 spécialistes «autoproclamés en secteur 2» (honoraires libres). L'association de médecins en colère, Cnamlib, revendique 5 000 adhérents sur 33 000 spécialistes dits en secteur 1. Très remontés, ils seraient prêts à aller jusqu'au bout, c'est-à-dire à quitter le système de Sécurité sociale et à se déconventionner. Dans ce cas de figure, leurs patients ne seraient plus du tout remboursés. Mais ces médecins estiment que la demande de soins spécialisés est telle, notamment en gynécologie et en ophtalmologie, que les patients finiront bien par accepter de consulter intégralement à leurs frais.


Le contexte électoral, ainsi que l'ouverture des discussions préalables à la réforme de l'assurance-maladie donnent à ce mouvement un écho nouveau. Et met représentants des caisses d'assurance-maladie – garants de l'intérêt des patients –, syndicats de médecins et gouvernement au pied du mur. Pris un à un, chacun admet qu'une consultation de spécialiste vaut plus que 23 euros. Mais les ressources de l'assurance-maladie sont limitées et des tarifs trop élevés finiraient par décourager le recours au soin.


Pour l'instant, les caisses les plus exposées au mouvement, comme celle de Tours, de Poitiers ou de Valence, ont décidé de jouer la voie légale. Après des envois de lettres d'avertissement, des recours en référé devant le tribunal des affaires sociales sont en cours. Une poignée de médecins se sont vu signifier leur déconvention - nement, politique qui devrait s'accélérer.


Reçus cette semaine par Jean-François Mattei, les syndicats de médecins ont tous exprimé leur gêne face à ce mouvement, qui leur échappe complètement. Ils ont cependant pressé le ministre de «lâcher un peu de lest» sur les tarifs médicaux, à l'occasion de la réforme. Mais le gouvernement ne souhaite pas avoir l'air de prôner une politique d'honoraires libres, sans contrepartie. Elle ne colle en effet pas avec le principe du maintien de l'égalité de l'accès aux soins réitérée par Jean-Pierre Raffarin. En n'écoutant pas les médecins, «le gouvernement ignore et méprise son électorat naturel», a tenu cependant à rappeler l'Umespe, syndicat de spécialistes.