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01/03/2004

Trois heures d'attente pour prendre un rendez-vous

Voir l'affiche CNAMLIB faite en décembre2003 à propos de la même information.


Ils sont150, hommes et femmes de tous âges, et font la queue, résignés. Qu'attendent-ils ? Un rendez-vous... chez un ophtalmologiste. La scène se passe le 1er décembre 2003, à Coudekerque-Branche (Nord), près de Dunkerque, et a été immortalisée par le quotidien La Voix du Nord. Elle est exceptionnelle mais illustre parfaitement le problème de la pénurie médicale qui s'installe dans certaines régions.

Quelques jours auparavant, le médecin avait indiqué sur son répondeur que les patients pourraient prendre rendez-vous pour les quatre premiers mois de 2004 "à partir du 1er décembre 2003". Résultat : ils sont arrivés dès le premier jour autorisé, certains dès 7 heures du matin. "Des personnes ont fait jusqu'à trois heures et demie de queue", se souvient l'ophtalmologiste, David Fauquembergue. Ce jour-là, il a donné quelque 900 rendez-vous, certains patients ayant retenu des dates pour plusieurs de leurs proches.

35 PATIENTS PAR JOUR

"Il y a tellement de demandes que je limite les prises de rendez-vous sur quatre mois, afin d'éviter que mon agenda soit plein pendant deux ans et que je ne puisse pas suivre des formations ou des congrès médicaux", explique ce jeune praticien de 31 ans, qui a ouvert son cabinet le 8 septembre 2003. Dans l'agglomération dunkerquoise, les ophtalmologistes affichent complet et ne peuvent plus prendre de nouveaux patients. Alors, si un nouveau médecin s'installe, c'est la ruée.

David Fauquembergue consulte cinq jours par semaine, de 8 heures à 18 heures, ainsi que le samedi matin, et s'octroie un quart d'heure pour déjeuner. Les premières semaines de son installation, il voyait quotidiennement de 25 à 30 patients. Maintenant il en est à 35.

Après ses consultations, il consacre une partie de son temps à la paperasserie de son cabinet. "Mon agenda est infernal à régler car, en cas d'urgence, je dois prendre aussi des malades entre deux rendez-vous", soupire le médecin. Sans compter les personnes qui s'installent sans prévenir dans la salle d'attente pour tenter, coûte que coûte, de voir le médecin.

"La région combine deux inconvénients : sa faible attractivité géographique et le manque de praticiens dans certaines spécialités", explique le médecin. Avec 5,7 ophtalmologistes pour 100 000 habitants (contre 12 en Provence-Alpes-Côte d'Azur), le Nord-Pas-de-Calais est la région française qui enregistre la plus faible densité dans cette spécialité. La demande de soins en ophtalmologie, elle, ne cesse de croître. "Entre le vieillissement de la population, le travail sur écran informatique et les demandes pour les enfants liées au dépistage en milieu scolaire, les pathologies de l'œil se multiplient", témoigne David Fauquembergue.

Il a choisi Coudekerque-Branche parce qu'il est originaire de la région et que sa femme, enseignante, est rattachée à l'académie de Lille. Mais il ne cache pas que, si sa conjointe pouvait travailler ailleurs, il préférerait "partir sur l'Atlantique" pour avoir "une meilleure qualité de vie". "Quand il fait un temps pourri le week-end après une semaine très lourde de travail, c'est pas marrant", avoue-t-il avec franchise.

Sandrine Blanchard

Lire aussi l'article du QdM du 18/12 : file d'attente pour un rendez-vous chez un ophtalmologiste du Nord. Un fantasme ? Non une réalité. (QdM)

Affiche cnamlib faite en décembre à propos de la même information.