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05/03/2004 : Réponse d'un chirurgien à l'éditorial de France Inter

02/03/2004 : Le texte de l'éditorial de France-Inter.

Docteur Thierry POURCHEZ
Ancien Interne des Hôpitaux d'AMIENS
Ancien Chef de Clinique
Membre du Collège Français
de Chirurgie Vasculaire
Praticien Hospitalier temps partiel
du C.H. de BETHUNE-BEUVRY

Clinique Ambroise PARE de BETHUNE-BEUVRY
rue DELBECQUE 62660 BEUVRY

Tel : 03 21 63 44 00 Fax : 03 21 63 45 34

CHIRURGIE VASCULAIRE

BETHUNE, le mardi 2 mars 2004

LETTRE OUVERTE

Monsieur Jean-Marie CAVADA


Madame Hélène CARDIN


Monsieur Stéphane PAOLI

Monsieur le Président, Madame, Monsieur

Je demande publiquement que Madame Hélène CARDIN puisse bénéficier d'une nomination lors de la prochaine remise des prix de l'audiovisuel pour sa chronique "Santé" de la tranche horaire 7-9.
Je suis un auditeur régulier de FRANCE INTER et cette chronique est souvent très intéressante, y compris pour un médecin spécialiste de secteur 1 que je suis.
J'ai donc tendu l'oreille plus attentivement ce mardi matin losque j'ai entendu les mots de "médecin spécialiste". Je n'ai pas été déçu.
L'essentiel avait trait aux augmentations abusives des honoraires réclamés par de nombreux spécialistes de secteur 1 regroupés en coordinations. Du point de vue du patient, il est évident que payer plus sans contrepartie évidente est toujours désolant. Mais l'information aurait aussi pu expliquer pourquoi des médecins en sont réduits à cette
tactique. La plupart des actes techniques n'ont pas été revalorisés depuis 13 ans - quand ils n'ont pas été diminués d'ailleurs ! - et les consultations spécialisées depuis 8 ans. Les charges dans le même temps ont continué à augmenter, en particulier avec les lois sur le temps de travail. Heureusement que l'inflation n'a pas été trop forte ! Il en résulte une diminution importante des revenus de ces médecins qui n'ont eu d'autre solution que d'augmenter leur activité, c'est à dire leur temps de travail, pour tenter de compenser un peu le phénomène. Paradoxe de la réduction du temps de travail de certains qui pousse d'autres à l'"autoesclavagisme".
Ils ont regardé autour d'eux et vu que certains de leur confrères avaient choisi, à une époque où ceci était possible aisément, le secteur 2 dit à "honoraires libres". Ceci impose des charges supplémentaires en cotisations sociales de l'ordre de 15 000 ? par an, mais permet de facturer librement des suppléments d'honoraires avec "tact et mesure".


Les médecins qui s'installent actuellement ont presque tous le droit de bénéficier à l'installation dans ce secteur 2, en accord avec la sécurité sociale. Les patients les plus modestes peuvent-ils être soignés par ces médecins ?
Voyant la disparité entre les deux secteurs croître, les spécialistes de secteur 1 ont demandé depuis des années la revalorisation de leurs honoraires. La réponse invariable des gouvernements successifs et des directeurs des caisses de sécurité sociale a été : les caisses sont vides et vous êtes des nantis ! Dans le même temps, des sommes considérables ont été attribuées aux hôpitaux pour compenser partiellement le problème des 35 heures.
Devant ce mur d'incompréhension, certains ont osé demander le droit de passer à nouveau en secteur 2. Refus des caisses, car ceci n'est pas permis par les "textes". D'où la naissance de conflits juridiques pour obtenir ce droit par voie de justice.


Les médecins ont donc imaginé ces suppléments d'honoraires comme planche de salut en attendant une véritable négociation. Il s'agit aussi d'une forme de pression pour obtenir une telle négociation. Pratiquement tous les patients comprennent parfaitement les raisons de telles pratiques.


Je pense que madame CARDIN n'a jamais fait de chronique sur la coexistence des consultations privées et publiques des nombreux praticiens hospitaliers qu'elle cotoie régulièrement, qu'ils soient professeurs de médecine ou non. Elle peut se renseigner sur les tarifs habituels. Cette pratique qui date de plusieurs décennies ne choque personne, mais peut-être suis-je mal informé ? Il est vrai que la situation dans telle ou telle "province" n'est pas celle de PARIS.


Il ne faut pas perdre de vue que le véritable problème de santé publique dans les années à venir ne sera pas un éventuel supplément d'honoraires, mais la retraite de très nombreux praticiens dans des disciplines majeures comme l'anesthésie, l'obstétrique ou la chirurgie. Partout en FRANCE, la désaffection des internes pour ces spécialités est flagrante, alors même qu'ils sont assurés de bénéficier du secteur 2 lors de leur installation et que la démographie leurs permettra probablement de demander des honoraires considérables. Je crains même que les "dessous de table" ne puissent se généraliser dans les hôpitaux publics ! Cette pénurie de médecins risque de provoquer un drame annoncé et organisé par les Administrations et les Politiques de tout bord, qui fera beaucoup plus de victimes que la récente "canicule". Particularité : il ne s'agira pas que de personnes âgées ou très malades.

Il est possible de faire un parallèle entre la médecins spécialisée et l'Audiovisuel public. La récente grève des journalistes de FRANCE INTER visait à obtenir un alignement des salaires de la radio sur ceux de la télévision, si j'ai bien compris. Les auditeurs ont donc été pris en otage, selon l'expression de certains, alors qu'ils ont payé leur redevance. Les musiques de remplacement ont quand même été entrecoupées par quelques chroniques ou informations qui permettaient de comprendre le pourquoi de ce mouvement social. Les journalistes ont donc eu l'audace de demander une revalorisation de leurs émoluments. Mais ils n'ont qu'à aller faire de la télévison s'ils veulent gagner plus ! Ils peuvent en effet changer d'employeur, alors que les médecins spécialistes ne peuvent changer de secteur. Heureusement madame CARDIN n'a pas fait cette grève des journalistes, car elle défend les auditeurs, si mes souvenirs sont exacts.
Cette simple comparaison confirme donc mon impression : l'information ne doit pas être tronquée. J'ai pu comprendre les motivations des journalistes. Mais l'auditeur ne sait pas pourquoi les médecins spécialistes ont entamé un mouvement national de protestation. Il faut donc attribuer à madame CARDIN le PRIX de la DESINFORMATION.


Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Docteur Thierry POURCHEZ