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Le Quotidien du Médecin du : 01/04/2004

Philippe Douste-Blazy, un revenant Avenue de Ségur


Avec le député-maire de Toulouse, c'est un habitué, un proche des professionnels de santé, qui prend les rênes de la Santé et de la Protection sociale. Mais entre 1995, date à laquelle il quittait ses fonctions de ministre délégué à la Santé, et aujourd'hui, ses responsabilités se sont sérieusement étoffées. Désormais ministre de plein exercice, chargé de la Santé « et » de la Protection sociale, il lui appartient de mener à bien la difficile réforme de l'assurance-maladie.


UN REVENANT ! Philippe Douste-Blazy - le Pr Philippe Douste-Blazy, cardiologue de son état - retrouve l'Avenue de Ségur, neuf ans après l'avoir quittée - c'était en 1995, l'actuel maire de Toulouse troquait alors ses habits de ministre délégué à la Santé auprès de Simone Veil contre ceux de ministre de la Culture. Aujourd'hui, il n'est plus ministre « délégué » mais « de plein exercice ». Ses attributions de 1995 se sont singulièrement gonflées : « Santé et Protection sociale » sont désormais de son ressort, une kyrielle de secrétaires d'Etat travaillent sous sa responsabilité.
Avenue de Ségur, un médecin succède à un médecin. Les idées changent peu - le nouveau ministre de la Santé est souvent intervenu ces derniers temps pour soutenir Jean-François Mattei -, la personnalité, beaucoup. A la différence de son prédécesseur, Philippe Douste-Blazy est un « animal politique ». Un homme d'appareil que l'on a vu successivement aux côtés de Giscard, Balladur, Chirac. CDS, Force démocrate (FD) puis UMP. Un personnage presque « romanesque » depuis que, en 1997, il a été gravement blessé à coups de couteau alors qu'il faisait campagne dans les Hautes-Pyrénées.


Un ministre populaire.


A 51 ans, il ne fait pas mystère de ses ambitions. Matignon, et pourquoi pas, un jour, l'Elysée. Un doux rêve ? Peut-être pas, si Philippe Douste-Blazy vient à bout, avec l'aide de Xavier Bertrand (voir encadré), de l'impossible réforme de l'assurance-maladie. Le défi est de taille. Le nouveau ministre l'affronte avec des armes que n'avait pas - ou plus - Jean-François Mattei. Et d'abord, il jouit, dans un monde de la santé qu'il a quitté en 1995, juste avant que ne commence l'ère du désamour entre les pouvoirs publics et les acteurs du secteur, d'une indéniable popularité. Aux médecins en particulier, Philippe Douste-Blazy a laissé un excellent souvenir : la mise en œuvre de la maîtrise médicalisée, la responsabilisation des professionnels, les dernières revalorisations tarifaires des spécialistes... c'est lui. Aimable, souriant, capable au besoin de manier la flatterie, le nouveau ministre est un interlocuteur agréable, un brin séducteur. Rien à voir, en remontant quelques années en arrière, avec le soupe au lait Jacques Barrot, la dure en affaires Martine Aubry, la froide Elisabeth Guigou ou le très fermé Jean-François Mattei.
Dans ses discussions avec des professionnels qu'il connaît bien - il se considère toujours comme un homme du sérail et ne manque jamais de rappeler qu'il est médecin et même fils de médecin - Philippe Douste-Blazy le charmeur sait, quand il le faut, abandonner la langue de bois et parler « en confrère ». Aux Affaires sanitaires entre 1993 et 1995, il est parvu à tirer son épingle du jeu et à sortir de l'ombre de son ministre de tutelle, Simone Veil, lui volant presque la vedette médiatique. Tout le monde a salué la performance - elle sera renouvelée à la Culture, où « Douste » peaufinera son image au milieu des paillettes.


Coup de maître.


Depuis bientôt huit ans qu'il n'a participé à aucun gouvernement - d'abord il y a eu les équipes « Jospin », puis les gouvernements Raffarin I et II, qui ne lui ont pas trouvé de place -, Philippe Douste-Blazy n'a pas chômé. Son coup de maître ? Adoubé par le maire sortant, Dominique Baudis, il a conquis Toulouse. Maître du Capitole en 2001, à l'issue d'un duel difficile et bruyant avec un autre médecin (le généraliste PS François Simon), le nouveau ministre de la Santé a acquis une autre stature que celle que lui assurait la mairie de Lourdes, tenue sans discontinuer depuis 1989. Avec l'explosion, le 21 septembre 2001, de l'usine AZF, toute la France parle de la ville rose et de son édile.
Le tremplin toulousain permet à Philippe Douste-Blazy de prendre ses aises dans l'état-major du tout neuf UMP. Il en est secrétaire général, numéro 3, et pilote, parfois un peu en dilettante, la cellule... santé du parti présidentiel. Une tribune idéale pour recommencer à s'adresser, de temps à autres, aux professionnels de santé. De loin en loin, Philippe Douste-Blazy appelle de ses vœux le rétablissement de la « confiance », il assure comprendre les exigences tarifaires des spécialistes, milite pour une vie conventionnelle active, plaide pour une responsabilisation de tous - médecins et assurés -, rappelle son attachement à la régulation médicalisée des dépenses de santé. Une douce musique aux oreilles des professionnels avec, pour les médecins, une seule fausse note : la canicule. Après la catastrophe sanitaire de l'été 2003, le nouveau ministre commet en effet la même erreur que Jean-François Mattei. Il montre du doigt les médecins libéraux. Mais les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Comme en témoignent les réactions des syndicats médicaux après la nomination de Philippe Douste-Blazy (voir page 4), personne ne semble lui tenir rigueur de cette « malheureuse » sortie.
Le nouveau ministre part avec de bons a priori. Pour transformer l'essai, il va lui falloir faire preuve d'un grand talent. Philippe Douste-Blazy n'a pas la réputation d'un homme à poigne. C'est donc autrement que par la force qu'il devra à la foix calmer la colère des spécialistes et mener à bien la réforme de l'assurance-maladie.


> KARINE PIGANEAU

Xavier Bertrand, secrétaire d'Etat à l'Assurance-maladie

Philippe Douste Blazy pourra s'appuyer sur un secrétaire d'Etat, Xavier Bertrand, pour préparer sa réforme de l'assurance-maladie.
Agé de 39 ans, député UMP de l'Aisne, cet agent d'assurances est réputé pour être un spécialiste de la protection sociale. Une qualité qui devrait évidemment le servir dans ses nouvelles fonctions.
Xavier Bertrand a l'habitude des débats difficiles : il faut se rappeler qu'il a été rapporteur, au nom de la commission des Finances, du projet de loi sur les retraites.
Enfin, on notera avec intérêt que le parlementaire de l'Aisne a posé plusieurs questions, en tant que député, au précédent ministre de la Santé, l'interpellant sur le problème des spécialistes, lui demandant en particulier s'il « envisageait d'améliorer la situation de ces professionnels qui se mettent quotidiennement aus service de nos concitoyens ». Un discours qui ne devrait pas déplaire aux médecins libéraux et aux spécialistes. Reste à savoir s'il tiendra les même propos maintenant qu'il est au gouvernement.
Article publié dans "le Quotidien du Médecin" du 02/04/2004