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Le Quotidien du Médecin du : 01/04/2004

Médecine libérale : l'impatience des spécialistes

Les chirurgiens menacent d'une grève nationale


LE CONTRASTE est saisissant. Les médecins libéraux avaient salué les débuts en beauté des deux premiers gouvernements Raffarin, marqués par l'accord du 5 juin 2002 qui a augmenté la consultation généraliste à 20 euros et la visite à 30 euros, et par l'enterrement officiel de la politique de « maîtrise comptable » des dépenses d'assurance-maladie.


Aujourd'hui, en revanche, c'est « la chienlit » du côté des spécialistes de secteur I, selon les termes du président de la Csmf, première centrale syndicale de médecins libéraux. Ils sont en effet exaspérés d'attendre depuis plus de sept ans une revalorisation substantielle des tarifs opposables de leur consultation et de certains actes techniques (actes chirurgicaux, échographies...), après l'échec des négociations conventionnelles et la publication en septembre 2003 d'un règlement conventionnel minimum (RCM) qui ne satisfait personne.
Ce sera un vrai défi d'apaiser ces spécialistes désabusés dans un cadre conventionnel rénové et au moyen de la nouvelle nomenclature (1), alors qu'ils ont pris l'habitude des dépassements d'honoraires, et que certains se mettent même hors la loi en passant en secteur II à honoraires libres, ce qui est interdit.
Plusieurs organisations de chirurgiens libéraux vont donner du fil à retordre au nouveau gouvernement si elles mettent à exécution leur menace de grève nationale à partir du 1er septembre, faute d'obtenir satisfaction sur leurs revendications (revalorisations tarifaires, droit à un « dépassement permanent » sur leurs honoraires et assurance professionnelle).
Par ailleurs, tout reste à faire pour enrayer la flambée des primes d'assurance en responsabilité civile professionnelle (RCP). La loi About n'a pas réussi à faire revenir les assureurs sur le marché, et les quelque 10 000 spécialistes concernés ont peu apprécié le rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) et de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) qui préconisait de repousser à 2006 toute réforme d'envergure et de prolonger pendant trois ans des dispositifs transitoires.
Certes, d'autres chantiers ont bien avancé, comme celui de la permanence des soins. Mais en laissant en suspens la question du financement, le dernier gouvernement a donné l'impression aux médecins libéraux de rester au milieu du gué. En effet, après la longue grève des gardes de l'hiver 2001-2002, Jean-François Mattei a fait réviser les textes réglementaires sur la permanence des soins afin de favoriser le volontariat mais il a déçu en s'en remettant aux caisses d'assurance-maladie pour négocier les modalités du « nerf de la guerre ». C'est pourquoi les syndicats médicaux attendent toujours avec impatience le financement du nouveau système de gardes pour les généralistes comme pour les spécialistes exerçant en clinique.
Bref, le nouveau gouvernement aura fort à faire pour redonner de la visibilité, et surtout de l'espoir, aux médecins libéraux, alors qu'ils redoutent de n'être qu'une « variable ajustable » face à l'hôpital, un peu trop épargné à leurs yeux dans le rapport du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie.


> AGNES BOURGUIGNON


(1) Classification commune des actes médicaux (Ccam) technique, à compter du 1er octobre 2004, et Ccam clinique, sans doute pas avant juillet 2005.