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Rapprochement Public privé : mission impossible ou contrat de dupes?

L’exemple de Saumur

 

Toutes les tentatives de rapprochement, de coexistence, de fusion privé public seront t elles voués à un échec certain, et tout cela serait-t-il de l’expérimentation hasardeuse où les praticiens libéraux seront les dindons de la farce ?

L’exemple de Saumur (49) est à cet égard édifiant !

Quelques mots sur la situation locale :

Saumur, 30000 âmes, bassin de population de plus de 100000 habitants recouvrant (1ère difficulté) 4 départements (49,79,86,37) et donc 4 ARH, chacune raisonnant en terme de population locale sans tenir compte des bassins de vie.

A 30 km, Thouars, paisible bourgade du département des Deux Sèvres (79), dont l’hôpital a connu une restructuration ayant amené à un regroupement des activités en particulier chirurgicales avec l’hôpital de Bressuire distant de 30 km .

Autre département limitrophe, la Vienne et Loudun est à une trentaine de Km, deux chirurgiens (un ortho et un viscéral) non remplacés pendant les vacances

A Saumur même, un hôpital neuf ayant coûté plus de 300 millions de francs, d’où on a viré dès l’inauguration tous les praticiens libéraux, pensant que les locaux neufs agiraient comme des aimants sur une population habituée à aller vers des hommes et des femmes en fonction de leur compétence.

Ce qui devait arriver arriva donc, et l’hôpital s’est enfoncé dans un déficit abyssal par manque d’activité et d’attractivité.

En face deux cliniques vieillissantes mais avec une activité somme toute respectable.

L’ARH des pays de la Loire est donc entré dans le jeu pour orchestrer ce qui devait être un projet novateur de rapprochement Public-privé dans le cadre d’un pôle de santé sur un seul site et cette pièce s’est jouée en plusieurs actes :

Acte1 : fermeture de la clinique Fardeau et transfert de l’activité Maternité à l’hôpital et du reste de l’activité à, la clinique de Bagneux (ORL, Stomato).

Acte2 : fermeture du service de chirurgie ortho à l’hôpital (1 seul chir, activité insuffisante), et signature d’une « concession de service public » avec la clinique (accueil des urgences traumato) contre une revalorisation somme toute modique du prix de journée, sans travaux de mise aux normes.

Acte 3 : projet de déménagement de la clinique sur le site hospitalier avec une promesse (signature ministérielle SVP) de la préservation d’une complète autonomie de la clinique avec transfert du reste de l’activité chirurgicale (viscérale et urologie sous réserve de recrutement de nouveaux praticiens)

Acte 4 : l’afflux des urgences sur la clinique a crée une situation paradoxale : remplissage des lits- déficit des comptes !

Acte 5 : l’ARH propose dans le cadre du plan « Hôpital 2007 » une subvention de 2 millions d’euros, en contrepartie de la prise en charge de la concession de service public pour l’ensemble de la chirurgie, très bonne nouvelle en apparence permettant de boucler le financement du projet de délocalisation (avec la participation de praticiens de la clinique 400000F en moyenne, par praticien !) d’autant plus que les comptes de la clinique s’améliorent de façon substantielle.

Acte 6 : nouvelle direction de l’ARH et du centre hospitalier : nouvelle donne !

Il n’est plus question d’autonomie mais d’une utilisation conjointe des plateaux techniques en particulier de la stérilisation centrale et bloc opératoire.

15 mois de négociation sur l’utilisation de la stérilisation sans avancer d’un iota, des dizaines de réunions, d’expertises etc. avec une pharmacienne inventant à chaque réunion de nouvelles normes, de nouveaux obstacles, et pour ne citer que deux exemples :

* la pharmacienne prétend depuis des mois qu’une pièce à main utilisée dans les phaco en ophtalmo ne peut être stérilisée car elle ne répondrait pas aux normes, pièce utilisée par 70% des ophtalmo dans le monde et bien sûr stérilisée après nettoyage aux ultrasons

* les ancillaires pour PTG par exemple devraient selon elle être stérilisée en VRAC !!!et non dans des containers prévu à cet effet…Kafka a toujours des disciples !!!

Malgré toute la bonne volonté du monde, aucune discussion dans ces conditions ne pourrait aboutir à un fonctionnement correct de la stérilisation, ces données ont donc été transmises en haut lieu, et coup de massue final de l’ARH : fermeture de la stérilisation de la clinique le 30 septembre ! Nouvelles réunions nouvelles expertises…l’hôpital gagne le temps que l’on n’a plus.

Problème du bloc opératoire : l’ARH demande un projet médical commun ; soit , nouvelles réunions entre CME des deux structures, constat :

Activité chir des deux structures

Clinique : 1.300.000 K

Hôpital : 150.000 K (viscérale, gynéco, ORL)

Nous proposons un bloc commun à fonctionnement homogène avec des salles attribuées en fonction de l’activité programmée (à une semaine) et des urgences avec une salle exclusivement réservée à la maternité (césariennes).

Accord de principe de la CME puis revirement pour deux ou trois points de désaccord :

couverture de l’activité chirurgicale des obstétriciens non chirurgiens la maternité par les chirurgiens viscéraux libéraux, explication : les 2 chirurgiens de la clinique doivent être d’astreinte 365 jours par an pour la chirurgie viscérale et couvrir l’activité de 3 obstétriciens non chirurgiens hospitaliers, alors même qu’il y a 4 gynécologues chirurgiens dans le même service !
deux surveillantes avec les mêmes attributions (tu parles d’un bordel)
deux types de personnels différents sur le même site (tu reparles d’un bordel !)
Statu quo ! ARH en embuscade n’intervenant pas dans les discussions (projet médical d’abord !), Hôpital défendant son pré carré et tentant de recruter en sous main les praticiens de la clinique, la merde quoi !

Bien sûr qu’il faut fédérer le énergies dans le période de marasme démographique qu’on s’apprête à vivre, évidemment que deux structures pour 100000 habitants c’est beaucoup et qu’une structure unique, forte de ses énergies cumulées est à même de mieux répondre à la demande de nos concitoyens ; mais, ce qui est rageant c’est de voire une structure qui marche, qui contrairement à ce que j’ai pu lire n’a pas pour seul objectif la rentabilité financière, de voire donc cette structure condamnée à mort pour sauver l’Hôpital ; je suis désolé mais le pays ne doit pas être géré en fonction des intérêts catégoriels mais en fonction de l’intérêt collectif. On veut rapprocher public et privé, soit mais à condition de respecter ce qui fait la spécifi cité des uns et des autres et veiller à ne par favoriser les uns par rapport aux autres. Je rêve d’une médecine fonctionnant sur le modèle +du privé, avec les moyens du public !

Voilà une idée de ce qui vous attends tous, en tous cas dans les petites structures telle que la notre !

Ne vous faites pas d’illusion ! L’objectif des ARH est de sauver les hôpitaux point barre.

Tout le reste, c’est des conneries et des chimères.

J’attends vos observations

Kamal Oufroukhi

Chir Ortho, cochise, SAUMUR