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Des médecins français au service de Sa Majesté


Alexandre Dhordain (Panorama du Médecin)


Le National Health Service (NHS) poursuit son recrutement de médecins en France et en Europe

En pleine célébration d'un siècle d'Entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne, le National Health Service (NHS) poursuit son recrutement de médecins français dans l'Hexagone. Débutée il y a bientôt deux ans, cette politique est destinée à pallier le manque de près de 10 000 postes médicaux en Grande-Bretagne, dont près de 1 500 au cœur de Londres. Pour recruter en France – et dans toute l'Europe –, le NHS passe par l'intermédiaire d'agences spécialisées, comme «Strade consultants»*. Cette agence internationale de recrutement utilise notamment le biais des petites annonces dans la presse médicale (voir Panorama n°4929, page 75) pour convier les médecins européens à venir s'installer dans la capitale anglaise. «L'exercice de la médecine à Londres offre des conditions avantageuses de formation initiale, d'installation et de rémunération. Tout ce qu'il vous faut, c'est être motivé et amener un stéthoscope», avance l'agence avec un brin d'humour typiquement british. Son directeur, Antony Brown, le confirme d'ailleurs: «Les systèmes respectifs ont leurs points faibles, mais le nôtre peut être très attractif pour des médecins français.» Parmi ces points forts: un meilleur salaire (environ 50% en plus, «même si la vie est plus chère à Londres»), un temps de travail qui n'excède pas 40 heures par semaine et un exercice en équipe qui permet aux médecins de se consacrer exclusivement aux soins. «Les impôts sont également prélevés à la source et le taux d'imposition n'excède pas 40%», souligne Antony Brown. En plus du recrutement, l'agence «Strade» offre la formation à l'anglais courant et médical tout en initiant les médecins français et européens au système anglais. Le tout pour «démythifier» le NHS, souligne l'agence sur son site Internet.

General practionner
Un point faible de taille existe néanmoins pour les plus farouches des médecins libéraux: c'est le NHS, donc l'Etat, qui paie quelle que soit la forme du contrat que choisit le médecin. En effet, pour le General practionner (GP) – le MG britannique –, il existe deux sortes de contrat : le GP salarié et le GP associé qui a investi dans le cabinet où il exerce. Dans les deux cas, les GP bénéficient d'une enveloppe versée par le NHS dont le montant évolue selon le nombre de patients et de médecins. Dans le second cas, le GP associé peut se payer en plus sur les bénéfices du cabinet. Mais pour en arriver là, tout médecin étranger doit d'abord passer par le statut de salarié, au moins deux ans. Depuis la réforme du NHS, un GP peut même aujourd'hui exercer à titre privé, mais à condition que cela n'excède pas 10% de ses revenus.

«French doctors»
Mais ces conditions différentes d'exercice ne semblent pas insurmontables puisque le système britannique a déjà fait une petite centaine d'émules parmi les «french doctors» et même parmi les hommes politiques. Le Pr Jean-Michel Dubernard, député UMP du Rhône, ne propose-t-il pas de prendre exemple sur la médecine de ville à l'anglaise dans son dernier ouvrage «Sauvons la Sécu!» («Panorama» n°4927-4928). «Le système britannique, radicalement différent du nôtre en matière de médecine de ville, est loin d'être mauvais», écrit notamment le président de la Commission des affaires sociales à l'Assemblée nationale. Et de citer en exemple: une gestion «complètement déconcentrée», la présence d'un «general practitionner» dans chaque quartier, «seul médecin auquel le patient pourra s'adresser pendant un an», un important réseau «de cabinets de groupe qui assurent les gardes et astreintes», et surtout l'argument financier : «les revenus des généralistes britanniques devraient encore augmenter de 30% dans les années à venir» à la faveur notamment de nouvelles actions en santé publique.

Le système britannique semble donc séduire. Dernière preuve: près d'un médecin sur trois employés par le NHS n'a pas la nationalité britannique. Et il reste de la place, les généralistes anglais sont deux fois moins nombreux qu'en France…

* Renseignements: www.stradeconsultants.com ou www.medicalenglish.co.uk

En Savoir Plus

è C'est un véritable traitement de choc que le gouvernement de Tony Blair impose depuis bientôt quatre ans au National Health Service (NHS) créé en 1948.
Le plan lancé en 2000 consiste à injecter près de 30 milliards d'euros sur 10 ans dans le système. Objectif : réduire les délais d'attente dans les hôpitaux et améliorer la qualité des soins. Pour l'atteindre, un plan de recrutement de 2 000 généralistes, 7 500 spécialistes et 20 000 infirmiers ainsi que la création d'une centaine d'hôpitaux d'ici à dix ans sont prévus.