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JIM : La photo est-elle Vitale ?

Date de création : 04 mai 2004

 


Paris, le mardi 4 mai 2004 – Il en est des propositions législatives comme des refrains populaires. Un temps adulées, elles sont honnies au bout de quelques heures et savent parfois revenir à la faveur d’un changement d’orchestre, non sans un brin de mélancolie.

Un amendement vite oublié…

La ritournelle avait commencé sous la forme d’un amendement à la loi de financement de la sécurité sociale pour 2004. Un député avait suggéré que soit ajoutée à la carte Vitale une photo d’identité pour limiter le nombre de fraudes. Réponse du ministre de la Santé de l’époque, Jean-François Mattei, un temps séduit par la proposition : le coût engendré par une telle mesure serait trop important eu égard aux économies espérées. La proposition ne connut qu’un succès limité.

Ca s’en va et ça revient…

Peut-être lui manquait-il alors quelque illustre porte-parole pour connaître une meilleure destinée. Un changement de tempo devrait lui permettre de se hisser vers la gloire. La semaine dernière, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) remet un rapport au ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy. Ce dernier en fait, dès lundi, un résumé édifiant : il apparaît en effet, selon cette enquête, que dix millions de fausses cartes Vitale circuleraient en France. «Il y a 48 millions de Français de plus de 16 ans, chacun a droit à une carte Vitale et c’est très bien. Mais il y a 58 millions, en tout, de cartes Vitale » calculait hier soir le ministre, invité de TF1. Aussi, la solution de naguère a-t-elle été immédiatement remise au goût du jour et entonnée avec enthousiasme par Philippe Douste-Blazy, qui après l’avoir suggérée hier soir, l’a de nouveau évoquée ce matin devant la mission de l’Assemblée nationale sur l’assurance maladie, en précisant que la photo pourrait être intégrée au moment du changement de la carte Vitale, d’ici un an et demi. Le ministre a par ailleurs signalé que les négociations concernant la réforme commenceraient ce vendredi. L’une des propositions phares du gouvernement devrait concerner la mise en place d’un «dossier médical partagé ». L’idée est d’y faire figurer toutes les informations concernant les antécédents du patient et de ne rembourser que les actes dûment inscrits dans ce fameux dossier.

14 milliards d’euros de déficit en 2004 !

Réformer l’Assurance maladie semble aujourd’hui une urgence absolue, à l’heure où le ministre a annoncé que la sécurité sociale devrait accuser en 2004 un déficit s’élevant à 12,9 milliards d’euros, les prévisions pour le régime général affichant même un trou de 14 milliards d’euros. La réforme devra passer par une modification profonde de sa gouvernance. Dans cette perspective, le ministre a appelé ce matin à un retour «à l’esprit de 1945 » (date à laquelle était créée la Sécurité sociale), s’adressant implicitement au patronat qui refuse depuis plusieurs années de participer à la gestion de l’Assurance maladie.

Une solution «gadget » ?

La réaction du chœur des syndicalistes aux premières annonces du ministre s’est faite à l’unisson. Satisfaction quant à la création d’un dossier médical partagé et remise en question quant à l’opportunité de faire figurer une photo sur la Carte Vitale. Sur ce point, le secrétaire général de la CFDT a ridiculisé une solution qualifiée de «gadget ». «C’est la mesure miracle que vient de trouver le ministre de la Santé ! S’il s’imagine qu’il va régler le trou de la Sécu avec cette mesure, c’est une illusion » a-t-il ironisé oubliant un instant la mise en garde du ministre qui déclarait hier soir sur TF1 : «Je ne veux pas faire croire que ce sont les fraudes et les dérives qui sont responsables du trou de la sécurité sociale ».

Médecins, infirmières, patients : tous coupables !

Même hostilité de la part du président de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), Jean-François Spaeth, qui a suggéré qu’une carte d’identité soit systématiquement demandée aux utilisateurs de la carte Vitale. Faire endosser ce rôle de chien de garde aux professionnels de santé ne semble pas déranger outre mesure le chef de la CNAM, qui une fois de plus n’aura pas manqué d’accuser implicitement médecins, infirmières et patients des maux qui touchent la noble institution dont il a la charge en signalant : «La question fondamentale n’est pas la fraude, c’est essentiellement le fait qu’il y a surprescription et surconsommation médicamenteuses et qu’il n’y a pas de transparence du système de soins ». Quand on vous dit que tout est affaire de rengaine ! © Copyright 2004 http://www.jim.fr

M.P.

 

Douste Blazy : dix millions de cartes Vitale illégales


Il y a dix millions de cartes Vitale en trop qui circulent en France, a affirmé Philippe Douste-Blazy sur TF1.
Le ministre de la Santé, qui faisait référence au rapport que vient de lui remettre François Mercereau, de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), sur la carte Vitale, a précisé qu'il ne devrait y avoir que 48 millions de cartes en circulation, alors que l'on en dénombrerait 10 millions de plus. On sait en effet que seules les personnes âgées de 16 ans et plus en sont normalement titulaires.


Le ministre, qui n'a pas dévoilé les grandes lignes de la réforme de la Sécurité sociale, a redit l'importance qu'il accorde au dossier informatisé du patient, lequel permettrait au prescripteur ou à l'établissement hospitalier de ne pas refaire les examens de santé déjà subis par le malade.


La Sécurité sociale, a expliqué le ministre, perd 23 000 euros par minute, et il convient que chacun en soit bien conscient. Il faut rapidement trouver des solutions, a-t-il insisté.


« Nous [le gouvernement] n'y arriverons pas tout seuls », a encore expliqué Philippe Douste-Blazy, qui a souhaité que l'on revienne à l'esprit de 1945, lorsque le système de protection sociale a été mis en place. il a indiqué qu'il soumettrait dès cette semaine aux syndicats et au patronat les conditions nouvelles d'une gestion paritaire de l'assurance-maladie. « Chacun, a-t-il doit prendre ses responsabilités. »



Le Quotidien du Médecin du : 05/05/2004