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ASSURANCE-MALADIE Les premières pistes irritent les syndicats, les évêques entrent dans le débat
Santé : l'effervescence monte sur le financement de la réforme

Béatrice Taupin [10 mai 2004]

Les concertations sur la réforme de l'assurance-maladie n'en finissent pas de commencer, et l'effervescence monte. Hier, la coordination des spécialistes a lancé un «mouvement de déconventionnememt national» pour protester contre les sanctions des caisses à l'encontre de ceux qui dépassent les tarifs conventionnels. Et vendredi dernier, les syndicats qui faisaient groupe de concertation commun avec la Mutualité, puis les organisations patronales et les médecins libéraux n'ont pas caché leur impatience. Les syndicats, qui exigent de «véritables négociations», seront de nouveau reçus aujourd'hui et demain, comme les médecins, avant de reprendre le travail en groupes à partir de mercredi.
Mais ils ont bien compris que si Jean-Pierre Raffarin n'a pas exclu la CSG, il a fermé d'autres pistes : ainsi la TVA sociale, chère à la CGC, ou la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises que réclament la CGT et FO. Ils ont parfaitement entendu aussi que le gouvernement, qui veut ramener l'équilibre en 2007, table à cette date sur 6 à 7 milliards d'économies par an, c'est-à-dire à peu près la moitié du déficit actuel (13 milliards).


Or, pour trouver ces économies, il compte d'abord sur une meilleure organisation du système – le dossier médical informatisé en sera un des outils. Mais il table aussi sur les «déremboursements» de médicaments dont l'efficacité et l'utilité n'auront pas été jugées probantes par une haute autorité scientifique et indépendante, et sur une «petite contribution» exigible des patients à chaque consultation. Même si Jean-Pierre Raffarin en a d'emblée exclu les enfants et les bénéficiaires de la CMU, ce «forfait» pourrait rapporter entre 600 et 700 millions s'il est d'un euro, le double pour deux euros. Mais la piste a été fraîchement accueillie par les syndicats qui n'apprécient guère que les efforts demandés le soient d'abord aux patients. «C'est pour le moins maladroit», estiment en choeur la CFDT et la Mutualité.


Bernard Thibault saura en faire son miel. Le leader syndical, qui rêve de constituer autour de la CGT un front uni pour peser sur les choix, reçoit à partir d'aujourd'hui ses homologues. Il espère bien les rallier à une grande mobilisation début juin, lorsque le projet de réforme aura été adressé au Conseil d'Etat, fin mai, avant que le Conseil des ministres ne s'en saisisse, mi-juin.


Sans attendre, les évêques sont entrés dans la partie. «Ne gâchons pas ce bien commun», affirme la commission sociale de l'épiscopat. Prenant la défense d'un système «beaucoup plus satisfaisant que les autres», le document publié hier appelle à la «rigueur» et à la «responsabilité» de chacun, en même temps qu'à une «volonté politique soutenue». Bénéficier d'un remboursement presque total des frais engagés ne donne pas le droit de consommer sans discernement, observe-t-il à l'intention des assurés. «Jusqu'où faut-il délivrer des soins», ajoute-t-il en appelant les médecins à s'interroger et à s'estimer davantage responsables de la maîtrise des dépenses.


Alors qu'un sondage BVA pour Marianne souligne que 62% des Français sont contre une hausse des cotisations et 54% contre un moindre remboursement des médicaments, les évêques se demandent si une participation plus élevée pour les hauts revenus ne serait pas justifiée. En marge des concertations, le débat s'anime.