EXTRAIT de 100 MINUTES POUR CONVAINCRE

MEDECIN REFERENT/MEDECIN TRAITANT

SECTEUR 1/SECTEUR 2

 

ODILE PLICHON
Bonsoir Monsieur le Ministre.


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Bonsoir Madame PLICHON.


ODILE PLICHON
Vous comptez visiblement beaucoup sur un changement de comportement des assurés, pour remettre le système à flot. Est-ce que par exemple, demain, il faudra que chaque Français passe par un généraliste ou un médecin référent, s’il veut continuer à être bien remboursé ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Je suis contre les médecins référents. C’est une idéologie qui n’est pas la mienne. Mais je ne veux pas… quand vous me dites que je veux changer les comportements, c’est vrai, mais je ne veux pas culpabiliser les Français. Les Français, ils ont un système d’assurance maladie, ils s’en servent, ils ont raison. Simplement, à nous d’organiser le système. Vous me posiez une question très importante, c'est le parcours personnalisé, autrement dit, aujourd’hui, on peut choisir qui on veut, et, bien évidemment, la liberté de choix d’un malade de choisir son médecin doit être évidemment conservée. La seule chose que je dis, en accord d’ailleurs avec les partenaires sociaux, les syndicats médicaux, qui ont beaucoup évolué depuis dix ans où je n’étais pas revenu au ministère de la Santé, c’est de dire : pourquoi ne pas définir un médecin traitant. Un médecin traitant, c’est un médecin généraliste ou alors un pédiatre, et toutes les mamans qui m’écoutent savent de quoi je parle, ou les papas. Et puis, aussi, les ophtalmos, parce que quand on va voir l’ophtalmo, c'est quand même très spécifique, ou le gynéco, parce que beaucoup de jeunes femmes vont voir leur gynéco sans voir leur médecin généraliste. Ca, c’est le médecin traitant qui va s’occuper d’un dossier médical, informatisé, je pense qu’on en parlera tout à l’heure, qui sera très important, parce qu’il va suivre évidemment le malade tout au long de sa vie. Alors ce médecin traitant, si on va voir le spécialiste, si on veut voir le spécialiste, il faut passer par ce médecin traitant, parce qu’alors là, on peut bénéficier, et on pourra bénéficier, de tout le système conventionnel de remboursement des spécialistes, 23 ou 25 euros, si par contre, on veut aller directement chez le spécialiste…


ODILE PLICHON
Qu’est-ce qui va se passer ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
On peut toujours y aller évidemment, mais je permettrais, à ce moment-là, aux spécialistes d’augmenter leurs honoraires, et, bien évidemment, de manière assez encadrée, de façon à ce qu’on puisse faire ça avec les syndicats médicaux et avec les partenaires sociaux. Mais je crois qu’il est important de commencer à réfléchir à un système médicalisé. Pourquoi j’ai dit ça ? Parce que le médecin traitant, c’est quelque chose de très important dans la vie…


ODILE PLICHON
Donc ça veut dire que concrètement, les patients ne seront remboursés, comme hier, s’ils vont voir ce médecin traitant, si par contre, ils vont voir le médecin spécialiste, qu’est-ce qui se passe ? Ils seront moins bien remboursés, et en plus, les spécialistes auront des honoraires libres ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Non, je n’ai pas dit qu’ils seraient moins bien remboursés, ça, ce sont des discussions qu’on doit avoir aujourd’hui avec les partenaires sociaux et les professions de santé. Mais par contre, ils peuvent avoir, pas des honoraires libres, ils peuvent augmenter leurs honoraires dans un cadre que nous allons fixer, bien évidemment. Ce que je veux dire, c’est que… quelle est la philosophie là-dedans ? C’est qu’aujourd’hui, on perd le lien social, à tous les niveaux, au niveau de la famille, au niveau de la société, on perd le lien social, on l’a vu au mois d’août, où des personnes âgées de 90 ans sont mortes, seules, alors qu’il y avait, à vingt mètres ou trente mètres, des voisins. C’est pareil pour le médecin, il faut essayer de tout faire pour qu’il y ait un médecin traitant. Alors moi, je suis contre le médecin référent, parce que médecin référent, c’est obligatoire, on est obligé, on donne un forfait, ce n’est plus un paiement à l’acte, non, moi, je souhaite un médecin traitant qui vous connaisse.


ODILE PLICHON
Donc ce médecin traitant, si on veut, on pourra en changer, par exemple, on ne sera pas marié à vie avec lui ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY

Alors, non, mais, je donne, premièrement, et deuxièmement, surtout, un exemple, si par exemple, demain, j’ai besoin d’une intervention chirurgicale, bien évidemment, il y a des protocoles de soins, qui dit intervention chirurgicale dit anesthésie, qui dit anesthésie dit évidemment consultation d’anesthésiste, et donc je pourrais aller le voir directement, cet anesthésiste sans passer par mon médecin traitant.


ODILE PLICHON
Juste un petit point sur la liberté paritaire quand même, sur la liberté tarifaire, est-ce que vous n’êtes pas en train d’instaurer une médecine à deux vitesses, puisque, en gros, les gens qui vont avoir de l’argent pourront consulter, avoir autant de spécialistes, consulter autant de spécialistes qu’ils le veulent, les tarifs seront libres, et que les autres, eux, n’auront pas accès à ces spécialistes ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Ah non, alors, ce n’est absolument pas vrai, pour deux raisons. La première, c’est parce que toute personne, que ce soit clair, et merci de cette question, en France, qui voudra aller voir un spécialiste, bien évidemment, peut y aller, quand il le veut…


OLIVIER MAZEROLLE
Il faudra payer ?


ODILE PLICHON
Mais paiera plus ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Non, toute personne qui veut aller voir un spécialiste, vous voulez aller voir un spécialiste demain, vous passez par votre médecin traitant, vous avez besoin d’un spécialiste, il vous y envoie, il n’y a aucun problème. Vous savez ce qui se passe aujourd’hui, Monsieur MAZEROLLE, à Paris. Si vous voulez voir, Madame PLICHON doit le savoir, un gynécologue aujourd’hui, à Paris, ils sont souvent dans ce que l’on appelle le secteur deux. Aujourd’hui, qu’est-ce que c’est qu’un secteur deux ? Vous le savez, Monsieur MAZEROLLE ?


OLIVIER MAZEROLLE
Oui.


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Voilà, un secteur deux, c’est quelqu’un qui déjà dépasse les honoraires. Et quand vous n’avez pas de personne, de gynécologue, qui soit au secteur un, quand tous dépassent les honoraires, et quand vous ne pouvez pas payer, qu’est-ce que vous faites ? Donc pour éviter ce paradoxe aujourd’hui, cette injustice aujourd’hui, je vais permettre, au contraire, à tous les malades de ce pays, de pouvoir aller chez tous les spécialistes, tous les spécialistes, Madame PLICHON…


ODILE PLICHON
En ayant des tarifs… qui auront des tarifs supérieurs à aujourd’hui ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Non, en passant par un médecin traitant, en passant par un médecin traitant.


ODILE PLICHON

D’accord.


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
C’est important. Il y a beaucoup de pays qui l’ont fait, pourquoi ? Parce que c’est une manière nouvelle de voir la qualité des soins. Un médecin traitant connaît vos antécédents, connaît les antécédents de vos parents, connaît aussi les médicaments qu’on vous a donnés et qui n’ont pas marché.


OLIVIER MAZEROLLE
Alors, parlons du dossier médical…


ODILE PLICHON
D’accord. Ce dossier médical, alors donc, c’est bien le médecin traitant qui va s’en occuper. Concrètement, qu’est-ce qu’il va y avoir dedans ? Est-ce qu’il y aura juste les consultations ? Est-ce qu’il y aura les radios ? Est-ce que ce sera un dossier médical complet ?


PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Absolument…