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Président du Haut Conseil de la chirurgie


Le Pr Domergue : redonner le goût du métier


Député (UMP) de l'Hérault, le Pr Jacques Domergue a accepté, à la demande du gouvernement, de présider un Haut Conseil de la chirurgie afin de sortir cette spécialité de la crise. « Il y a le feu », explique-t-il au « Quotidien », en annonçant les deux dossiers prioritaires : la revalorisation des actes et le règlement de la question de la responsabilité civile professionnelle (RCP).

LE QUOTIDIEN - Des centaines de chirurgiens libéraux menacent de cesser leur exercice à la fin de l'été et de quitter la France. La création d'un Conseil national de la chirurgie est-elle un début de réponse ?

Pr JACQUES DOMERGUE - J'espère, car il y a le feu ! Les chirurgiens qui se sont mobilisés ne sont pas étrangers à la mise en place de ce Haut Conseil. Si le ministre n'avait pas senti l'urgence de trouver des solutions pour sortir de la crise, il n'aurait pas décidé de créer cette structure en lui donnant comme mission première de rendre des conclusions dès septembre. Mais dans mon esprit, ce conseil national est une structure pérenne. Il signifie la prise de conscience qu'il existe une spécificité chirurgicale, qu'on ne peut traiter comme la médecine générale ou les autres spécialités.


Quels sont vos dossiers prioritaires ?


Il y aura différentes commissions au sein du Conseil national : nouvelle Ccam (classification commune des actes médicaux), assurances, démographie, nouveaux métiers... Mais nous avons deux dossiers brûlants : le premier, c'est la revalorisation des actes, via la nouvelle Ccam, au 1er octobre. Même si le ministère dit que la chirurgie sera revalorisée de 15 à 17 %, les simulations syndicales sont inquiétantes concernant certains actes, avec des pertes de revenus à la clé. Il faut faire en sorte qu'il y ait une revalorisation, ce qui veut dire passer tous les actes en revue, intégrer la pénibilité, équilibrer les spécialités les unes par rapport aux autres.
La deuxième priorité, c'est la RCP, dossier qui a déstabilisé la profession chirurgicale et qui a une incidence sur le choix des générations futures. Un radiologue paye de 2 000 à 2 500 euros d'assurance par an, un chirurgien paye entre 15 000 et 25 000 euros.


Un marché opaque


Comment en finir avec l'envolée des primes ?


On travaille depuis un an à une proposition législative permettant de désengager les assureurs sur la partie du risque qui est difficilement mesurable et qui serait transférée sur la solidarité nationale (« le Quotidien » du 30 avril). Mais il faudra dès lors une contre-partie forte des assureurs en matière de tarifs : en septembre, vont arriver les premières factures pour les assurances de l'année suivante. Si les chirurgiens constatent que les primes augmentent encore, sans aucune raison, la mobilisation trouvera une raison supplémentaire. Nous proposons également la mise en place d'un observatoire de la sinistralité, permettant une gestion du risque, afin d'avoir davantage de transparence dans un marché volontairement maintenu dans l'opacité.


La revalorisation de la lettre clé KCC, bloquée depuis plus de dix ans, n'est-elle pas indispensable ?


La réalité, c'est que certains chirurgiens gagnent bien leur vie, d'autres ont du mal à joindre les deux bouts. Dans l'urgence, il faut un effet sélectif. Ceux qui souffrent le plus sont les chirurgiens en secteur I dans certaines spécialités : viscérale, orthopédique, vasculaire. Il faut d'abord revaloriser ces spécialités, souvent pénibles. Après, qu'on revoie le KCC, sûrement ! J'ajoute qu'il faudra des contreparties aux revalorisations tarifaires, comme dans la stratégie mise en place par Mattei au moment du C à 20 euros avec la progression des génériques.


Depuis deux ans, des postes d'interne en chirurgie ne trouvent pas preneurs. Que faire pour que la spécialité suscite à nouveau les vocations ?


Tout se joue en amont. J'estime que les gamins qui veulent vraiment faire de la chirurgie doivent pouvoir franchir l'obstacle du concours de première année. On pourrait réserver des places aux chirurgiens. On va « filiariser » les kinés, les pharmaciens, les infirmières, les dentistes. Pourquoi pas les chirurgiens ? Même si on passe par un concours commun, il faudra que les futurs chirurgiens se différencient d'emblée, avec des enseignements particuliers. Aujourd'hui, leur formation initiale est en décalage avec l'évolution du métier. Les interventions chirurgicales utilisent la balistique, la robotique, l'imagerie, la reconstruction d'image. Le chirurgien doit être un peu plus proche de l'ingénieur que du psychologue, même si les deux sont nécessaires.


La spécialité ne souffre-t-elle pas encore de l'image du chirurgien parisien nanti ?


Il faut sans doute mieux expliquer aux Français la palette des métiers de la chirurgie. Le chirurgien nanti, roulant en Porsche, et partant pour les Caraïbes, représente une minorité. Dans les grosses spécialités chirurgicales, on trouve actuellement des métiers pénibles, des actes opératoires longs, des suites souvent compliquées et un acte peu valorisé. Cela n'est plus conforme aux aspirations de vie de la jeune génération. La chirurgie est un métier qui se faisait par passion, par vocation. Avec ce Haut Conseil, je ferai tout ce qui est possible pour redonner le goût de ce métier.


> PROPOS RECUEILLIS PAR CYRILLE DUPUIS


Le Quotidien du Médecin du : 19/05/2004

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Le Haut Conseil de la Chirurgie ne se penchera t-il pas sur le problème de la scandaleuse séparation de la profession en deux groupes égaux en formation et en activité mais inégaux en droits ?