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Philippe Douste-Blazy : «Rien ne sera fait sans les médecins ni a fortiori contre eux»

par Anne Eveillard, Alexandre Dhordain, Dr Philippe Leduc et Hervé Karleskind(Panorama du Médecin du 24 mai 2004 n°4936)

Dans l'entretien qu'il nous a accordé, le ministre de la Santé et de la Protection sociale insiste sur la participation des praticiens à la mise en place de la réforme de l'Assurance maladie. Deux dossiers semblent nettement avancer, celui de la permanence des soins et celui des espaces de liberté tarifaire

Jusqu'alors, Monsieur le Ministre, vous avez privilégié les patients dans toutes les interventions publiques que vous avez accordées. Les médecins de ville attendent désormais que vous donniez un sens à la réforme de l'Assurance maladie dans tous les volets qui les concernent: que souhaitez-vous leur dire en premier lieu?
Que rien ne se fera sans eux ni a fortiori contre eux! C'est ce que j'ai dit à leurs représentants. En effet, vous ne faites rien en matière de réforme sans que les principaux acteurs concernés aient pu comprendre, discuter et modifier les projets que vous portez. D'autre part, notre volonté est de passer d'un système où chacun ne se sent concerné que par son activité à un modèle où la cohérence et la responsabilité permettent à tous de garantir des soins de qualité. Ce message-là, les médecins le comprennent et peuvent le faire partager à leurs patients.

Plus concrètement, la réforme que nous proposons vise à permettre un fonctionnement plus lisible de l'Assurance maladie. Pour cela, nous apportons plusieurs garanties aux médecins. En premier lieu, le mode de pilotage de l'Assurance maladie que nous préconisons (ce que l'on appelle la gouvernance), c'est l'assurance pour les médecins d'avoir un dialogue conventionnel rénové où la prise de responsabilité est la règle et où les partenaires ne pourront plus se défausser sur l'Etat. C'est aussi la garantie que les produits et les actes remboursables auront été évalués par une haute autorité en santé indépendante. C'est, enfin, la certitude que la médecine ambulatoire et la médecine hospitalière ne soient plus traitées de manière cloisonnée.

Concernant le volet de la médecine de ville, plusieurs aspects, disons techniques, semblent actuellement en jachère: permanence des soins, espaces de liberté tarifaire, honoraires. Où en est-on exactement aujourd'hui?
Vous abordez là des sujets différents. Il est évident, pour parler des espaces de liberté tarifaire, que ce point fait partie des discussions que nous aurons avec les partenaires médicaux durant la phase d'élaboration de la réforme.

Concernant la permanence des soins, ce sujet est bien le symbole de ce que nous devons pouvoir régler demain grâce à une gouvernance rénovée au niveau régional. Aujourd'hui, les modes de coordination entre les différents acteurs qui interviennent sur ce dossier sont largement perfectibles: s'agissant d'une mission d'intérêt général, je ne peux me satisfaire de la situation actuelle. C'est pourquoi, sans attendre la réforme de l'Assurance maladie, j'ai demandé au sénateur Descours de reprendre la mission que lui avait confiée mon prédécesseur afin d'évaluer la mise en œuvre du dispositif de permanence des soins et de me faire des propositions concrètes d'amélioration pour la rentrée de septembre. Il faut être plus volontariste que ce que nous sommes.

Depuis quelques mois, le moral des praticiens s'est nettement dégradé et plusieurs enquêtes d'opinion montrent qu'ils sont réservés à l'égard des réformes en cours. Que pouvez-vous leur dire pour les convaincre de garder confiance?
Il est normal que les médecins soient attentifs à la réforme: cela prouve qu'ils ont compris que le système actuel touche à son terme et qu'il nous faut le rénover profondément. Parallèlement, le nouveau système demandera encore un peu de temps pour se mettre en place. J'ai confiance en eux pour qu'ils s'impliquent dans les différents aspects de la réforme, qu'il s'agisse du dossier médical partagé, de l'évaluation des pratiques ou bien encore des actions de prévention. Je souhaite en retour qu'ils ne doutent pas que nous faisons cette réforme dans le seul but de sauver notre système et que si nous échouons ce sera la porte ouverte à la privatisation de l'Assurance maladie. Je n'en veux pas, les médecins non plus, voilà une raison forte pour que nous unissions nos efforts. Je suis heureux de voir tous les jours que le courant passe avec les médecins. Ce n'est pas parce que je le suis, mais parce que j'ai confiance en eux.

D'un point de vue plus général, on entend ici et là filtrer des informations sur certains volets de la réforme de l'Assurance maladie. Ainsi de la participation financière des patients: 1 euro par consultation, prolongement de la CRDS, relèvement de la CSG. Qu'en est-il au juste?
Ma première mission, ne vous trompez pas, est de définir un nouveau système qui permette de sauver l'Assurance maladie, c'est-à-dire un système qui ne perde pas plus d'argent qu'il n'en reçoit. C'est la dernière chance pour sauver notre système social. Mais l'ampleur des difficultés financières que connaît aujourd'hui l'Assurance maladie implique de prendre un certain nombre de mesures pour boucler notre plan de redressement financier. Ma préoccupation est que ces mesures répondent à un souci d'équité, de justice sociale et d'équilibre. C'est pourquoi nous envisageons un partage de l'effort entre l'ensemble des acteurs concernés, qu'il s'agisse de l'Etat, des entreprises, du citoyen ou de l'usager du système de soins. Toutes les propositions sont en cours de discussion avec les partenaires sociaux et les représentants des professionnels de santé.

Au stade où se trouve actuellement la réforme du système de soins, estimez-vous qu'il est possible que les syndicats – Medef compris – acceptent un jour de siéger au sein de la future Autorité de régulation des dépenses?
Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec les partenaires sociaux, sur un nouveau schéma de gouvernance. Notre objectif est de clarifier les responsabilités des uns et des autres et de mettre l'Assurance maladie en situation de véritablement faire face aux missions qui sont les siennes. J'ai bon espoir de pouvoir rassembler derrière ce projet de nombreux acteurs, dont les représentants du patronat, des syndicats de salariés et des complémentaires!

Pour en revenir à la médecine de ville, comment comptez-vous régler la crise des spécialistes de secteur 1: faut-il selon vous rouvrir le secteur 2?
Nous devons répondre dans une perspective plus large qui est celle des parcours de soins que nous souhaitons promouvoir. Dans ce cadre, la place du spécialiste devra être revalorisée. Cette revalorisation nous allons en discuter avec les différents partenaires afin que chacun ait le sentiment que cette réforme le concerne.

Enfin – question qui fait un peu figure de serpent de mer –, comptez-vous donner à la FMC le cadre juridique et surtout financier qui lui fait tant défaut? Comment pensez-vous convaincre les praticiens de mieux suivre les actions de FMC?
C'est vrai que la FMC est un peu le serpent de mer de la politique de santé. La future loi de santé publique, qui sera discutée au Sénat en seconde et dernière lecture au mois de juillet, achève et clarifie un dispositif qui jusqu'à présent était peu clair pour les différents acteurs. Maintenant il faudra faire fonctionner ses différents outils au seul bénéfice d'une amélioration de la qualité des soins. C'est pourquoi nous proposons que les médecins s'engagent dans des programmes d'évaluation des pratiques, en particulier au niveau des Unions régionales de médecins libéraux, et dans des programmes de formation afin de garantir aux patients que la pratique médicale de leur médecin est conforme aux plus récents progrès de la science.

En Savoir Plus

èMonsieur le Ministre, vous souhaitez instituer un parcours de soins avec un médecin traitant comme porte d'entrée. Ce médecin sera-t-il le généraliste?
Les médecins traitants ne seront pas obligatoirement des médecins généralistes : ils pourront être des pédiatres, des gynécologues et des ophtalmologues. Il est évident aussi que si une jeune femme de 24 ans est atteinte d'une sclérose en plaques son médecin traitant pourra être un neurologue…

 



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