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Un communiqué du syndicat des psychiatres privés (SNPP)

 

La réflexion de nos confères psychiatres est parfaitement transposable à la chirurgie.

Paris, le 23 avril 2004

Chaque semaine la presse se fait le porte-parole de diverses personnalités, politiques ou de la société civile, parlant en leur nom propre ou au nom de leur appartenance à un parti ou à un club de réflexion, et qui s’autorisent à délivrer leur diagnostic et le traitement approprié aux maux dont souffre l’Assurance Maladie.

Cette question suscite une vocation thérapeutique probablement refoulée chez des éminences grises ayant fait d’autre choix que celui de la médecine, et sans doute désireuses de s’y confronter, dans le déni de leur ignorance.

Ces mécanismes psychiques sont bien connus des psychiatres, ainsi que les ravages que cela produit dans les conduites qui en découlent.Nous en avons une parfaite illustration dans tous les articles que nous pouvons lire, centrés sur le même point aveugle : une parfaite ignorance de l’exercice libéral de la médecine. Aucune interrogation sur ses ressorts, sur son succès, sur ses difficultés. La médecine libérale est désignée comme le mal à éradiquer.

Pas un mot sur l’importance pour chaque patient qui en bénéficie des millions d’actes réalisés chaque année.
Pas un mot sur la disponibilité, l’engagement, les compétences, la responsabilité de chaque praticien libéral dans la réalisation de son acte de soin.
La relation soignante sur laquelle repose la pratique médicale est ravalée par ses détracteurs au rang des artifices archaïques. Plus question ici de se réclamer du colloque singulier.
Pas un mot sur la complémentarité du service public et du système libéral, celui-ci n’est envisagé que pour pallier les carences du service public. C’est faire injure à nos collègues hospitaliers qui ont leurs propres propositions à faire face aux difficultés qu’ils rencontrent, pour peu qu’ils soient entendus. Complémentarité veut dire chacun à sa place pour un gain d’efficacité, comme l’a bien montré le rapport de l’OMS.

Complémentarité ne signifie pas interchangeabilité, dans laquelle on ne sait plus qui fait quoi. Alors oui, quand le déni produit de telles erreurs de jugement, nous nous devons de les dénoncer.
C’est notre travail de médecins, de psychiatres, c’est aussi notre responsabilité de syndicalistes. Nous réaffirmons que la pratique libérale de la médecine, au même titre que la pratique hospitalière, doit rester un pilier de l’organisation sanitaire de notre pays.

La pratique libérale repose sur :

Le paiement à l’acte est le seul moyen d’authentifier l’acte de soin et l’engagement aussi bien du patient que du praticien.
C’est à ce niveau que la médecine libérale se distingue radicalement de la médecine hospitalière où l’engagement des deux parties est d’un autre ordre.
L’attente du patient qui consulte un praticien en cabinet libéral est que celui-ci soit parfaitement indépendant et totalement libre de ses choix thérapeutiques dans le respect du code de déontologie médicale.

Cette liberté ne se conçoit que dans le cadre libéral. C’est bien souvent la raison qui fait choisir ce secteur d’exercice. Et c’est manifestement cette revendication de liberté, c’est-à-dire de responsabilisation et d’engagement, qui dérange.

Il est stupéfiant de constater à quel point la technocratie administrative a envahi tous les espaces de l’activité hospitalière, paralysant l’exercice de la médecine en multipliant les formalités administratives auxquels sont assujettis les médecins.

Il est peut-être insupportable pour quelques-uns que les médecins restent souverains dans l’exercice de la médecine, mais l’histoire de la psychiatrie nous rappelle combien ceci est important. Souvenons-nous du détournement de la psychiatrie à des fins politiques dans les années les plus noires de l’Union Soviétique pour nous défendre de toute compromission ou de toute allégeance à d’autres fins que celles du soin.

Or, ce péril est bien réel si les médecins ne décident plus de la conduite des soins.
Les patients, en tant que citoyens, connaissent tous ce danger et il serait peut-être temps de respecter leur choix du recours à un médecin libéral, choix effectué en pleine connaissance de tous ces enjeux, choix délibéré qui révèle leur maturité.

Nous ne pouvons que dénoncer les propos injurieux à l’égard des patients, quand ils méconnaissent ou méprisent la pleine confiance que ces derniers portent à leurs praticiens. Présenter la pratique libérale comme dispendieuse, inadaptée aux exigences nouvelles d ’une gestion rationalisée, et responsable du déficit de l’Assurance Maladie relève tout d’abord d’un jugement grossier que des études financières plus affinées ne corroborent pas toujours, mais surtout procède de la forfaiture puisque le projet sous-jacent et bien réel est d’un tout autre ordre : mettre les médecins sous tutelle administrative et politique.

Nous avons des obligations de résistance, pour le respect de nos engagements et pour la défense de tous les patients.

Dr Jean-Jacques LABOUTIERE
Psychiatre, Président du SNPP
Dr Yves FROGER
Psychiatre, Secrétaire Général du SNPP"