Article du 24-Mai-2004 par Agnès BOURGUIGNON
La bataille de la liberté tarifaire
Pour la première fois, un Tass ouvre la porte du secteur II
Les tribunaux des affaires de Sécurité sociale (Tass) de Chambéry,
Privas et Gap ont autorisé des médecins spécialistes à
passer en secteur à honoraires libres. Fait inédit à Gap,
la décision est exécutoire : le Tass a donné un feu vert
à neuf praticiens, même si la caisse fait appel.
L'ASSOCIATION pour l'ouverture du secteur II (Apos2) vient de remporter de nouvelles
victoires juridiques contre des caisses primaires d'assurance-maladie (Cpam)
qui avaient refusé à des médecins spécialistes de
secteur I de passer en secteur à honoraires libres. Le Dr Jean Leid,
porte-parole de l'Apos2, recense désormais « 20 Tass » (tribunaux
des affaires de Sécurité sociale) qui ont prononcé des
jugements favorables aux spécialistes libéraux, en attendant de
connaître les premiers jugements en appel.
Les Tass de Privas, de Chambéry et de Gap ont donné raison respectivement
à 21 spécialistes ardéchois, 8 praticiens savoyards et
9 spécialistes des Hautes-Alpes en les autorisant à passer en
secteur II.
Si la liberté d'honoraires reste hors de portée pour trente d'entre
eux en raison de l'appel suspensif des caisses, elle n'est plus un mirage pour
neuf spécialistes de Gap. En effet, pour la première fois en France,
le Tass des Hautes-Alpes a rendu son jugement « exécutoire à
compter de son prononcé », précise-t-on au greffe, si bien
que « les médecins sont autorisés à exercer en secteur
II, même en cas d'appel ». La caisse primaire de Gap s'abstient,
quant à elle, de tout commentaire et attendait encore, à la veille
du pont de l'Ascension, une directive de la Caisse nationale d'assurance-maladie
(Cnam) avant de faire appel.
En tout cas, la nouvelle du jugement n'a en tout cas pas immédiatement
fait son effet chez les premiers médecins spécialistes autorisés,
au grand dam de leur caisse, à changer de secteur au cours de leur carrière.
Ces praticiens, qui exercent en grande majorité à la Polyclinique
des Alpes-du-Sud à Gap, n'avaient « pas très bien compris
le terme exécutoire », raconte l'un d'eux, le Dr Francis Laurent.
Selon cet anesthésiste-réanimateur, c'est une lettre de l'avocat
de l'Apos2 qui leur a expliqué un peu plus tard que le secteur II s'ouvrait
à eux dès maintenant. « On est les premiers à qui
cela arrive, déclare le Dr Laurent. On ne s'est pas encore réuni
à la clinique pour décider ce qu'on va faire. »
Vers des dépassements modérés.
Le Dr Christian Boyer sait déjà que lui et son associé
feront passer leur cabinet d'urologie en secteur II « au 1er juin »,
avec des « dépassements tout à fait modérés
» et presque à regret car « le secteur I est l'une des meilleures
choses qui soit à condition qu'il puisse vivre ». Le Dr Boyer fait
d'ailleurs remarquer que les spécialistes du département «
ont joué la carte de la légalité » et « n'ont
pas fait de passage en force en secteur II ». Leurs dépassements
tiendront compte notamment du surcoût de leurs cotisations sociales (puisque
la prise en charge aux deux tiers par la caisse est réservée aux
praticiens du secteur I).
Le Dr Alain Brunet se dit « content » et « pense passer en
secteur II au 1er juillet » avec l'un de ses deux associés, alors
qu'il ne fait aujourd'hui « pas du tout de DE ni au cabinet ni en clinique
». Le troisième associé de son cabinet ORL fait partie des
15 spécialistes pour lesquels le Tass a prononcé un « sursis
à statuer », en attendant une décision du Conseil d'Etat
sur la légalité des conditions de titres et de diplômes
requis pour le secteur II. D'où « une disparité gênante
», aux yeux du Dr Brunet, parce que ces trois associés sont «
en partage d'honoraires ». Francis Laurent connaît le même
« problème » avec ses trois associés anesthésistes
qui restent en secteur I.
Le Dr Charles Mauchien, lui, n'est pas en partage d'honoraires, puisque «
(son) collègue est parti à la retraite il y a deux ans »
et qu'il « ne trouve personne pour le remplacer ». Pour autant,
ce chirurgien viscéral sait déjà que son passage en secteur
à honoraires libres (programmé « à partir du 1er
juin, le temps de s'organiser ») « ne va pas tout arranger »,
dans la mesure où ce qui l'intéresse, « ce n'est pas l'argent,
mais de bonnes conditions de travail ».
> AGNÈS BOURGUIGNON