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Article du 01-Jun-2004 par Denis DURAND DE BOUSINGEN

L'épouvantail allemand

Le 1er janvier dernier, la réforme du système de santé allemand a été mise en œuvre. Depuis, l'activité des médecins libéraux aurait diminué outre-Rhin de près de 10 %


DE NOTRE CORRESPONDANT


MOINS 10 %. C'est, si l'on en croit les médecins allemands réunis à Brême pour leur 107e Congrès annuel, le niveau de la baisse enregistré par leur activité depuis le 1er janvier dernier, date de l'introduction de la reforme du système de santé.
De leurs statistiques, les médecins allemands tirent plusieurs enseignements. Et d'abord que ce sont surtout les patients les plus pauvres qui renoncent à certains soins. Dans les arrondissements les moins riches de Berlin, les médecins ont constaté par exemple une baisse de leur activité allant jusqu'à 14 %, alors que la diminution n'est que de 6 a 7 % dans les arrondissements plus aisés.
Afin de ne pas payer le forfait de 10 euros par trimestre et par médecin, les patients se rendent moins souvent chez les médecins, et notamment chez les spécialistes, qui sont les plus touchés par cette baisse de fréquentation. Les médecins s'inquiètent donc de la répartition « inéquitable »<$> des économies liées a la reforme, et redoutent ses conséquences a long terme sur l'accès aux soins.
La consommation pharmaceutique a elle aussi fortement diminué, les médicaments déremboursés étant encore plus touchés que les autres. En outre, les spécialistes libéraux, déjà confrontés a une baisse de leur activité, sont confrontés à la concurrence croissante des hôpitaux, désormais autorisés à augmenter leur activité en soins ambulatoires. A terme, les cabinets les moins « rentables »<$>, notamment a la campagne, pourraient être les victimes de ces évolutions, avertissent les spécialistes.
Les médecins s'insurgent par ailleurs contre l'alourdissement toujours croissant de leurs tâches administratives, alors que le gouvernement avait promis de les simplifier. Le président de l'Ordre fédéral des médecins, le Pr J. D. Hoppe, a rappelé devant la ministre de la Santé, Ulla Schmidt, qu'un médecin hospitalier consacre plus de deux heures et demie chaque jour à réaliser des travaux de « documentation »<$>, de « statistique »<$> et d'administration, ce qui limite d'autant le temps disponible pour les patients. Les médecins libéraux sont confrontés à de nombreux travaux de ce genre : « Il suffit qu'un médecin fasse une petite erreur de saisie dans la présentation d'un dossier pour que celui-ci soit refusé et que le praticien doive tout recommencer »<$>, s'est insurgé le Pr Hoppe.
Pendant ce temps, a-t-il poursuivi, les médecins en sous-nombre dans les hôpitaux doivent travailler jusqu'à trente heures d'affilée, et les établissements ont de plus en plus de mal a recruter des jeunes médecins, car le nombre de candidats est en chute libre. Cinq mille postes de médecins « juniors »<$> sont actuellement vacants, et seuls les médecins originaires des pays de l'Est se présentent encore pour les obtenir.


Un pronostic dramatique.
Les médecins appellent leur gouvernement à prendre enfin la mesure de leurs problèmes, sous peine d'une chute dramatique de leur démographie, encore aggravée par le vieillissement général de la population. En 1991, 28 % des médecins avaient moins de 35 ans, et cette année, ils ne sont plus que 16,5 %. De même, le nombre de médecins libéraux en ex-Allemagne de l'Est a encore baissé de 1,3 % cette année par rapport à l'an dernier. Plusieurs études montrent que les jeunes Allemands, désormais, choisissent des études où les débouchés sont plus rémunérateurs et plus valorisants que ceux offerts par la médecine. « Vous avez remplacé la médecine de qualité par une médecine de masse<$>, a déploré l'Ordre devant Ulla Schmidt, et vous êtes maintenant en train de nous transformer en employés démotivés d'une administration sanitaire toute puissante »<$>.


> DENIS DURAND DE BOUSINGEN