22/06/2004

Jean-Claude Régi : « cette réforme n´est pas la nôtre ! »
Sandra Boutin


Alors que les débats parlementaires concernant le projet de loi réformant l´assurance maladie approchent, Jean-Claude Régi, président de la Fédération des médecins de France, fait une lecture critique du texte, lors d´un entretien accordé à Egora. Ainsi, pour lui, s´il est « bon qu´un médecin soit pivot dans le parcours de soin des assurés sociaux », le passage devant ce médecin ne doit pas être obligatoire. « La valeur d´un acte dépend du contenu de l´acte et de la pratique. Les montages envisagés aujourd´hui servent au contraire uniquement à justifier des honoraires différents (…). A terme, on risque la marginalisation des médecins spécialistes libéraux », dénonce-t-il, insistant d´autant plus sur cette pratique libérale que le système hospitalier ne devrait pas être soumis à cette organisation autour d´un médecin traitant dans la mesure où le forfait de un euro ne sera pas demandé, en tout cas aux urgences. « Comment voulez-vous responsabiliser les patients si l´hôpital n´est pas soumis aux mêmes règles ? », s´inquiète le Dr. Régi. De même, ajoute-t-il, « pourquoi ne prévoit-on aucun dispositif pour réguler l´accès aux urgences ? »

En outre, le président de la FMF s´inquiète du « danger potentiel majeur » que représente le dossier médical personnalisé. Pour lui, stocker toutes les données sur un même support équivaut à instaurer un « big brother » : « il est nécessaire de favoriser la circulation de l´information utile pour soigner le malade mais le DMP tel qu´il se profile est un mauvais choix. On sera donc vigilant au niveau de la confidentialité des données ».

Mauvais choix encore selon Jean-Claude Régi : celui qui consiste, en cas d´échec des négociations conventionnelles, à désigner un arbitre qui arrête un projet de convention, lequel peut ensuite s´appliquer pour peu que l´UNCAM (Union nationale des caisses d´assurance maladie) et qu´un syndicat représentatif, même minoritaire, adhèrent à cette proposition. A défaut, « le projet s´applique en tant que règlement arbitral » (art. 28). Comme Dinorino Cabrera (lire dans notre édition du 17 juin 2004), Jean-Claude Régi demande à ce que, dans l´éventualité d´un règlement arbitral – ce qui équivaut pour lui à un RCM – la durée ne soit pas de cinq ans mais de un an ou un an et demi. De même, s´interroge-t-il, pourquoi un texte conventionnel pourrait-il être adopté s´il est seulement signé par l´UNCAM et un syndicat ? Pourquoi ne pas fixer qu´il faille que la majorité des médecins soit représentée, via la signature d´un ou plusieurs syndicats ?

Après un laconique « on ne peut pas dire que la réforme soit notre réforme », Jean-Claude Régi enchaîne sur le trop gros poids accordé à l´UNCAM via le projet de loi de Philippe Douste-Blazy et souligne : « les caisses sont regroupées au sein de l´UNCAM, les mutuelles sont regroupées entre elles mais il n´y a pas de groupe de médecins ». D´où la requête il y a quelques jours du CNPS selon laquelle les médecins devraient également être regroupés. C´est l´avis du président de la FMF qui souhaite que « tout le monde sorte par le haut de cette crise ».

Enfin, évoquant les déconventionnements par bassin de vie des médecins, à l´instar de ce qui se passe actuellement à Belfort, il conclue : « la seule arme que l´on a en termes de désordre public, c´est le déconventionnement. C´est la seule possibilité pour que les assurés sociaux eux-mêmes agissent ».